Mazille 2008 (2a)

Le dialogue interreligieux, pour un protestant

Chemin de Paix : quels obstacles, quels appuis, en moi et autour de moi ?

Tout d’abord, un premier constat : dans chacune de nos traditions religieuses, il y a de magnifiques textes d’ouverture et d’invitation à vivre une fraternité humaine sans frontière, mais aussi des textes très durs écrits pour défendre nos identités communautaires contre les influences extérieures, à commencer par celles des autres spiritualités, et quelques anathèmes et textes de combats, écrits pour mieux nous persuader d’avoir la seule vérité à défendre et proposer en Vérité universelle à tous les hommes. Il convient là, sans nier nos convictions et la part de Vérité contenue dans notre Révélation et nos traditions, à laisser une place à la vérité de l’autre, et à en reconnaître sa légitimité comme on le fait déjà pour son authenticité et son historicité. Et ce cheminement vers une reconnaissance réciproque et totale de nos Voies spirituelles et des vérités qu’elles portent, sans toutefois en relativiser le fond et la portée, est sans doute aujourd’hui « Le Challenge » majeur pour nos Traditions religieuses, pour qu’avec l’aide de Celui qui les fonde on trouve ensemble un Chemin de Paix pour nous comme pour le Monde.

Un des obstacles à la Paix est là, dans la part obscure de nos croyances et traditions, voire les propos violents et intolérants présents au cœur de nos Livres saints. Et cela nous ne pouvons pas l’effacer d’un coup de baguette magique nous persuadant, chacun de notre côté, que nos traditions, ne sont que des véhicules de Paix, de Justice et d’Amour ; mais nous pouvons les transfigurer par une relecture pacifiée de notre histoire commune.
Car, et c’est là sans doute l’origine de cette part sombre inscrite dans chacune de nos traditions et histoire religieuse, à la base de cette violence et de ce rejet de l’autre, il y a la peur : la peur de l’autre, différent, de cet autre qui ne pense ni ne prie comme moi, qui a un autre lien avec le monde et son Créateur, une autre manière de comprendre l’histoire de l’humanité. La peur fille aussi de la perte de nos propres racines ou de notre quasi-analphabétisme spirituel : alors, l’autre et sa foi plus bruyante ou plus colorée, plus émotionnelle ou raisonnée… me fait peur, alors je le juge, le rejette par mon indifférence voire, le combat pour faire taire sa différence. La peur engendre la haine et parfois des conflits violents, mais si je suis honnête, si je sais lire au fond de mon cœur, je verrai que cette peur n’est pas fruit de l’attitude de l’autre, mais de mon manque de confiance en moi, en Dieu et donc aux autres, autrement dit fruit de mon mal-être et de mes angoisses. Dans la parole du Christ qui nous invite à aimer notre prochain comme nous-même, on oublie souvent cette étape première et essentielle : apprendre à s’aimer, à s’accepter tel que nous sommes, avec nos qualités et défauts… alors on pourra accepter l’autre, et sortir de nos stériles replis identitaires.

Mais il y a aussi un autre obstacle, et celui-là on peut plus aisément le dépasser : l’incompréhension due à un manque de connaissance sur ce qui nourrit la foi des croyants des autres religions. Pour avancer ici, il suffit d’oser se rencontrer, s’inviter, pour partager paisiblement et fraternellement sur les fondements de notre foi, de nos différentes traditions religieuses et spirituelles, sans arrières pensées prosélytes, sans jugement et a-priori. Autrement dit, par l’éducation et l’ouverture à la différence, nous pouvons apprendre à mieux nous connaître, nous apprécier et commencer à dépasser nos frontières confessionnelles et culturelles pour œuvrer ensemble dans la cité et construire un monde meilleur pour nos enfants. C’est le sens de ce que nous faisons aujourd’hui. Finalement, apprendre à mieux se connaître, commencer ainsi à s’apprivoiser, comme le Renard le propose au Petit Prince, en prenant du temps pour nous apercevoir que chacun est unique et possède des trésors inestimables, c’est sans doute plus important que de parapher occasionnellement et solennellement ensemble quelques textes consensuels.

Au bout du compte, pour reprendre les trois vertus mises en avant par l’Apôtre Paul en 1 Corinthiens 13 – la Foi, l’Espérance et l’Amour -, je dirai, à la suite de Péguy, que c’est à partir de plus petite des trois, l’Espérance, que nous devons construire une société de Justice et de Paix, respectueuse des différences.

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite Espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres vertus,
qui traversera les mondes révolus.
Comme l’Etoile a conduit les trois Rois du fin fond de l’Orient,
vers le berceau du Fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les vertus et les mondes … »
(Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu)

Pasteur Luc Serrano
(Eglise Protestante Unie de France)

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