Radicalité ?

Philippe ArnalFr. Philippe Arnal, Clerc de Saint Viateur et enseignant, témoigne d’une discussion avec des lycéennes ruthénoises.

L’une d’elles, musulmane croyante et pratiquante, avait appris que j’allais prendre mon engagement religieux définitif [le 23/10/2016 à Treize-Pierres, Villefranche de Rouergue : photo ci-contre] et voulait savoir ce qui s’était passé dans ma vie pour que j’en arrive là. Sous-entendu, à une telle extrémité, à une telle radicalité !

Ma première réponse se voulait politiquement correcte, audible par des jeunes marqués par la postmodernité et la sécularisation. J’ai donc affirmé ne pas me définir comme un « croyant » mais comme un « cherchant », mon choix de vie en valant un autre… Quel étonnement quand elle m’a répondu assez sèchement : « Là ! Monsieur ! Je ne peux pas vous croire ! Quand on s’engage dans une vie comme la vôtre, c’est qu’on est forcément croyant ! »

Sa réflexion m’a alors rappelé une remarque du philosophe Fabrice Hadjadj : « La radicalité n’est pas une tentation, mais un devoir. Dans la mesure où elle consiste à aller à la racine des choses (radix, en latin) et à libérer toute la vitalité dont on est capable, la radicalité est bonne. Elle nous préserve des petits compromis incessants, de ce laisser-aller de feuille morte emportée à tout vent d’opinion. » Les jeunes, croyants ou non, cherchent quelque chose qui relève d’une épopée, qui fasse sens, et pour laquelle on peut vivre et mourir. Le bonheur que nous cherchons profondément est-il dans le bien-être et le confort… ou plutôt dans la générosité jusqu’au sacrifice ? Si nous sommes vivants, n’est-ce pas pour vivre à fond, donner la vie et donner sa vie ?

Devenir religieux, c’est donc suivre radicalement quelqu’un qui m’a appelé personnellement : me tourner vers le Christ ! C’est croire qu’il y a plus de vie dans cet appel que dans un autre, plus à donner là qu’ailleurs ! Le Christ n’est pas une marque dont on fait la publicité. Il est une personne qui vient à nous, avec tout l’inattendu, l’incontrôlable de la rencontre. La radicalité chrétienne doit alors se vivre dans la fidélité à cette personne et dans la mise en œuvre intelligible de cette relation.
Voilà peut-être ce que j’aurais dû d’abord lui répondre…

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