De retour du Maroc

Emilie Ferrand, ségalie, revient sur les 2 ans passés en coopération au Maroc avec la DCC. Extrait d’un interview par Raphaël Bui.

EF : Pour moi qui ai une foi au ras des pâquerettes, cela fait envie d’avoir une foi un peu plus ardente. Je comprends que des musulmans qui ont été éduqués dans un pays du Maghreb, ne se sentent pas trop compris par la société française. Ne serait-ce que dans la langue : Au Maroc, on entend « Allah » au moins 500 fois par jour, et dans la moindre phrase, « si Dieu le veut. » Dieu est partout. Chez nous, on a beau être chrétiens, on ne pense pas à Dieu chaque fois qu’on dit « merci », qu’on fait un projet ou quelque chose. Cette présence de Dieu, qui à mon avis peut être oppressante si on n’est pas croyant, nous ramène à notre place d’homme. Elle nous rappelle qu’il y a quelqu’un au-dessus, ou en tout cas avec nous. Et ça, c’est intéressant !

Inversement, est-ce qu’il y a des choses dans une société sécularisée comme la nôtre qui seraient un progrès pour les musulmans ?
EF : Plus de liberté ! Parce qu’on leur dit ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire. Nous chrétiens, nous sommes plus à nous poser des questions. Je ne suis pas sûre qu’au niveau de nos grands-parents c’était comme ça.

Cela rejoint l’expérience d’un Charles de Foucault, redevenu chrétien au contact des musulmans pour la raison que tu indiques : le sens de Dieu au quotidien. En même temps, il n’est pas devenu musulman du fait du manque de liberté, du formalisme, du permis et du défendu en Islam. Cela ne lui suffisait pas.
EF : Pour moi, sans la liberté, tu ne peux pas devenir vraiment toi-même et explorer toutes tes possibilités, tout ce que tu pourrais apporter justement au monde. Tu ne développes pas ton trésor.

Tous les musulmans que tu as rencontrés au Maroc manquaient de liberté ?
EF : Ce serait bête de juger, parce qu’extérieurement, c’est ce qui choque de la part des gens que tu rencontres. Cela dit, il y a des gens qui arrivent à se sortir de ça, peut-être parce qu’elles ont eu une éducation où on leur a demandé de réfléchir, où ils ont peut-être fait de la philosophie, qu’ils se sont ouverts, et qu’ils se posent un peu plus de questions sur leur foi. Sinon, l’impression générale, c’est ce manque de liberté. Du coup, je me suis rendu compte que chez nous aussi, on manque de liberté. Mais c’est plus facile de le voir chez l’autre que chez soi. L’histoire de la paille dans l’œil du voisin, et la poutre dans le sien. Donc, aller ailleurs et prendre du recul, cela permet de voir nos propres incohérences.
On nous a éduqués à la foi d’une manière un peu « bisounours ». Moi, je ne crains pas le Seigneur, je ne crains pas d’aller en enfer, parce qu’on m’a tellement dit que Dieu était amour… Le diable, le mal, on l’a complètement mis de côté, pour essayer de ne pas faire fuir les gens. Mais peut-être que cela manque de relief et de radicalité pour certains. C’est un message un peu tiède et ça ne fait pas forcément rêver les gens qui ont soif d’idéal et qui vont se tourner malheureusement vers un Islam radical.

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