2014 09 27 Religions pour la Paix (Saint Eloi, Rodez) (35)

Education, transmission, vivre ensemble

Affiche 2014 Religions pour la PaixSamedi 27 septembre 2014 au Centre social Saint Eloi de Rodez a eu lieu la 2ème édition du forum des « Religions pour la Paix », sur le thème de l’Education, de la transmission et du vivre ensemble. Une après-midi de tables-rondes, un dîner au couscous et une double conférence en soirée, tels étaient les ingrédients de cette belle demi-journée de dialogue !

Voilà ci-dessous les notes prises par le p. Raphaël aux interventions d’Abdelkader Djermani (secrétaire général de la mosquée de Clermont Ferrand, directeur de l’institut musulman d’Auvergne, chroniqueur à Radio Chrétienne de France) et du p. Jean-François Bour (prêtre, frère dominicain, directeur adjoint du Service des Relations avec l’Islam, 10 ans en Egypte, islamologue)

Cf. Album photo : http://tinyurl.com/religions-pour-la-paix-2014

Abdelkarim Djermani
Moins que des experts du dialogue islamo-chrétien, nous sommes surtout des hommes et des femmes qui par leur parcours ont eu la chance de rencontrer d’autres croyants dans leur différence. Je me rappelle d’un ami, d’un homme que je rencontrais d’abord avec politesse, et que j’ai appris à aimer comme un frère, le p. René Mazenod qui nous a quitté il y a quelques années. Il avait fait l’effort d’apprendre l’arabe, il aimait beaucoup le Maghreb. Le p. François Fonlupt a repris le flambeau : vous (aveyronnais) nous l’avez pris !
Le jeune Badreddine, étudiant, nous a ouvert tout à l’heure sur l’internet, un outil formidable. Mais nous avons aussi à envisager ses dangers, comme fenêtre ouverte sur le monde avec l’embrigadement, qui va au-delà de l’endoctrinement, parce que cela débouche sur des actes, sur des départs vers la guerre.
Il y a eu une table ronde sur la transmission, dans les lieux de culte, mais aussi de culture, de sport. Une 3ème table ronde sur l’école : pour les anciens, l’école était un sanctuaire et l’enseignement une personnalité sacrée, c’était vrai en Algérie, au Maroc. L’instituteur détenait la science et la connaissance, et ce qu’il disait relevait du sacré, et les parents validaient ses paroles. Aujourd’hui, il y a rupture avec ce schéma, avec des familles qui ne peuvent le reproduire, des parents largués car la loi ne sacralise pas l’enseignant, et surtout lorsqu’ils n’ont pas accès à la langue française, ce qui débouche sur l’échec scolaire, et des enfants qui se forment eux-mêmes sur internet, les réseaux sociaux. Internet pose problème aux institutions que nous essayons de construire, avec une longueur d’avance, des sites de propagande avec beaucoup de moyens, contre lesquels on ne fait pas le poids. L’un des plus grands champs de bataille est internet, une guerre que les associations qui 2014 09 27 Religions pour la Paix (Saint Eloi, Rodez) (40)travaillent à la transmission, à l’éducation, à la prévention doivent avoir les moyens de mener. Des propagandistes donnent des conférences sur internet, avec 500.000 connexions aux quatre coins du monde.

Jean-François Bour
La qualité des efforts dans les tables-rondes de cette après-midi m’a impressionné. Je viens de Tours, près d’un lieu qui a gardé la mémoire d’Abdelkader, un grand homme, pas seulement un chef de guerre et un résistant, mais un grand spirituel. Il a été emprisonné à Amboise, qui est devenu un lieu de pèlerinage islamo-chrétien.
Je suis membre du SRI, un service de l’épiscopat français, qui a fêté ses 40 ans l’an dernier, ce qui est un cas unique en Europe : l’Eglise de France est l’une de celles qui a le plus tôt pris en considération le dialogue islamo-chrétien.
Plutôt que « les enjeux du vivre ensemble », le vivre-ensemble EST l’enjeu de la transmission, de l’éducation. Ce n’est pas d’abord une question de moyens, de temps favorable. C’est d’abord une question de foi. Croyons-nous au vivre-ensemble ? Car il y a une grande différence entre ceux qui y croient, et qui vont glaner tout ce qui est possible pour œuvre dans le sens de la possibilité d’un vivre-ensemble, et ceux qui font le contraire pour se conforter dans l’impossibilité de vivre-ensemble.
Prendre conscience que nous sommes une famille humaine tout d’abord. Si nous sommes des hommes et des femmes de foi, nous avons la conscience de l’unité de la famille humaine, qu’il s’agit d’accueillir et de faire émerger. Cf. le film de Nadine Labaky « Et maintenant, on va où ? » (2011) une sorte de conte philosophique, dont la finale est exactement une réflexion sur le fait que nous sommes une même famille. Le Liban est composé à parité de musulmans et de chrétiens. Le vivre-ensemble vient de cette source, peut-être trop enfouie, qu’il faut faire émerger petit à petit. Un père jésuite travaillant à Homs, ville martyr en Syrie, essayait de rassembler les gens, et les enfants surtout, pour préparer l’avenir, avec des activités rassemblant des enfants chrétiens et musulmans. Une maman en pleurait : « C’est pourtant pas si difficile d’être ensemble ». Bien sûr, il faut faire un effort pour s’expliquer, dire ce que l’on ne comprend pas. Croyons-nous au vivre ensemble ?
Bien sûr, transmettre, éduquer les jeunes est très important pour qu’émerge cette conscience d’être une même famille. Il y a des institutions, des communautés religieuses, des associations, du sport, mais il y a une crise :
2014 09 27 Religions pour la Paix (Saint Eloi, Rodez) (17)- La famille s’est rétrécie, et l’on n’a plus la présence des grands-parents qui sont porteurs de la mémoire.
– Il y a une montée de la violence des petits enfants entre eux, à force de ne plus dire non aux enfants, qui leur fait croire que la frustration est impossible à vivre, notamment celle qui vient de la présence de l’autre. Dire non à un enfant, lui mettre des limites, lui indique qu’il y a l’autre, le désir de l’autre et ses besoins.
– L’univers médiatique façonne comme un magistère nos manières de penser, de vivre, et qui ne donne pas assez d’éléments de discernement sur l’actualité. C’est en train d’émerger, avec des émissions qui commencent à expliciter des éléments aidant à réfléchir (C dans l’air… dénonciation des sites qui entretiennent de la désinformation avec des faux fabriqués comme de la propagande).
– L’illusion que nous savons beaucoup de choses, parce qu’internet fournit beaucoup de données, qu’il stocke des informations, sans que pour autant on connaisse les choses, sans savoir encore faire le tri. L’école a du travail.
– On transmet surtout un savoir pour faire des techniciens, voire des technocrates, avec un savoir utilisable qui permette de faire fonctionner la machine économique ou politique. Or on sait des générations passées, qu’il y avait des « humanités » qui véhiculait la sagesse des temps passés, qui permettaient de goûter, d’évaluer les savoirs. Aujourd’hui, les grands partis politiques français ont externalisés la réflexion, la production des idées, et ne sont plus que des machines de communication. A-t-on encore l’objectif d’éduquer les gens à la liberté, des êtres humains qui s’épanouissent, qui discernent ? Pour la dimension plus affective de la vie, les gens sont livrés à une sorte de permissivité morale, une schizophrénie entre une haute compétence technique et une zone informe où on ne sait plus sur quels critères fonder une décision ?
Qu’est-ce que c’est qu’éduquer un être humain ? Le conduire à faire l’expérience de la vie, et par là assumer des liens justes avec les autres. Devenir libre, non pas seulement d’une liberté-de-capacité-de-choix, mais aussi d’engagement, d’adhésion à ce qui est beau, vrai… assumer des choix, un engagement envers l’autre, même si cela coûte, s’il est devenu vieux, handicapé…
L’accomplissement d’un être humain, ce n’est pas loin de la foi d’un chrétien. Car s’accomplir comme être humain, c’est faire la volonté de Dieu, qui veut que nous soyons pleinement humains. C’est même faire la volonté de Dieu. Il faudra poursuivre le dialogue entre nous croyants et les incroyants. Car beaucoup de non croyants désirent qu’une éducation sérieuse permette de rendre pleinement humain.
Tous tiennent à l’autonomie du sujet, que chacun soit respecté comme un « je » qui soit pleinement lui-même. C’est un acquis de la modernité que croyants et incroyants, nous pouvons partager. Les non-croyants ont peur des croyants en pensant que notre Dieu veut étouffer le sujet libre croyant. A nous de rappeler que Dieu veut l’homme et la femme libre. Pour avoir beaucoup fréquenté les musulmans, je crois que les musulmans le croient aussi. Dieu en Islam ne contraint pas. « Point de contrainte en religion ».
Nos institutions religieuses, peut-être aujourd’hui et hier, ne saurons pas toujours faire de cette vérité essentielle une pratique réelle. On a toujours le risque de fabriquer une religion qui dérape par rapport à ce que Dieu demande de vivre. Cf. La liberté de conscience affirmée à Vatican II, cru avant mais pas appliquée.
Les religions sont responsables d’une transmission qui favorise la paix, chacune et ensemble. Une transmission de savoirs et de la foi dans ce sens. Le card. Tauran le redit. Les religions devraient respecter une charte. Par exemple, les religions devraient se convaincre qu’elles doivent offrir le visage de croyants vraiment libres. Une charte où les croyants seraient responsables non pas seulement d’eux-mêmes, mais du bien commun. Le monde est notre maison commune. Quand nous transmettons, que nous puissions reconnaître ce qui chez l’autre est une vraie richesse (chez les musulmans, chez les catholiques, chez les protestants), en essayant de ne pas employer de termes méprisant : nous sommes tous à la même enseigne.
On transmettrait les croyants en leur donnant la possibilité de dire leurs désaccords. Lorsque nous transmettons, nous parlons de vérité, mais peut-être n’aide-t-on pas assez les croyants à dire à d’autres croyants ce qu’ils portent au cœur, à entendre la vérité de l’autre, à s’interpeller sur certains sujets. Apprendre à se parler.
Une charte permettrait à tous de pratiquer une sorte d’auto-critique sur notre manière de conduire nos projets, un travail modeste, humble, régulier, parce que personne ne peut affirmer qu’il est saint. On est tous dans des manquements terribles à l’égard de frères dans notre propre religion. Alors avec les autres…
Continuer de nous retrouver autour d’un repas, dans la simplicité, en amis, en frères. Avec la nécessité concrète de veiller dans les circonstances actuelles, en ne nous laissant pas dicter nos attitudes de considérations politiques, mais du fond de notre intériorité. Nos prises de position dépendent de notre attachement au Dieu qui aime les hommes et veut les conduire à la vraie vie.
Quelques pistes pour une certaine transmission du patrimoine religieux.
En 2009, Tony Blair a fondé un programme éducatif « Face to Faith » avec un système de vidéo-conférence permettant à des élèves de se parler de leurs différences culturelles et religieuses, avec des débats inter-continentaux. IL faudrait suivre ce genre d’initiative.
Il y a des programmes de recherche sur la manière de transmettre la pensée religieuse qui mobilise des chercheurs. Une réflexion des Scouts et Guides de France sur des temps spirituels permettant à tous de découvrir ce qu’ils ont en commun ou ce qu’ils aimeraient comprendre de la religion de l’autre.
Des couples pluri-religieux se développent, ce qui n’est pas facile pour les institutions religieuses qui ne savent pas comment faire. Il y aura des réflexions sur la transmission religieuse dans ce cadre, en s’inspirant d’expériences notamment africaines où ça se passe bien. Ce n’est pas facile, mais pas d’inquiétude. Les défis devant lesquels nous sommes sont la mondialisation, avec des échanges de population. Tout le monde subit cette situation. La difficulté est belle. Le défi nous oblige à être vraiment des humains dignes de la parole que Dieu nous adresse. Laissons-nous enseigner par tel de nos anciens :
Al-Ghazali : Connaissance sans pratique est folie. Pratique sans connaissance est inutilité.

Abdelkader D.
La mondialisation nous oblige à une responsabilité. Ce ne sont pas les anges, mais l’homme qui a été établi « calife » (lieu-tenant de Dieu) sur la terre. Nous faisons ce soir quelque chose de banal, partager un couscous, ce qui vaut tous les discours, un pacte de fraternité. Le dialogue est une responsabilité très lourde et très nécessaire aujourd’hui.
Il y a l’option de vivre les uns à côté des autres. Certains le pratiquent, mais c’est prendre le risque de mourir les uns contre les autres.
Nous avons à vivre les uns avec les autres, et c’est le minimum pour un être humain doué d’intelligence. Accepter de voir en l’autre un frère – qui en arabe contient le mot « autre » et réciproquement.
Ma religion, dont je suis fier et heureux, l’Islam m’enseigne qu’il y a l’option beaucoup plus haute, plus noble, qui est celle de vivre pour les autres, construire pas seulement pour soi, mais aussi pour les autres. Et c’est cela que nous voulons partager. C’est une graine qui a déjà donné du fruit, même si le prix est parfois lourd.
La grandeur, la miséricorde et la beauté de Dieu que nous avons à réfléchir, pour lui rendre témoignage, honorer sa réponse aux anges.
Le vivre-ensemble c’est aussi indispensable et nécessaire que l’oxygène que nous respirons. L’actualité nous dit qu’il n’y a pas d’autre option. Je ne veux pas pour mes enfants d’un monde comme celui qui produit la violence tuant un français parce qu’il est français.

Jean-François B.
Les multiples déclarations des instances musulmanes de France ou d’ailleurs ont du poids pour nous, catholiques. Le texte signé le 15 septembre par toutes les institutions musulmanes de France est le fruit d’un effort de concertation, que nous chrétiens devons savoir honorer.
Avec l’œuvre d’Orient, le SRI a signé une déclaration conjointe pour dire que ce n’est pas parce qu’il y a des frères chrétiens persécutés en Irak, que l’on doit remettre en question le dialogue avec les musulmans de France. C’est une question de justice. On ne peut pas choisir entre la solidarité avec les chrétiens dans le monde et le dialogue avec tout homme de bonne volonté.

2014 09 27 Religions pour la Paix (Saint Eloi, Rodez) (33)Badreddine Melouah
Le vivre-ensemble fait partie de notre foi, celle des chrétiens et des musulmans. Le point essentiel est la méconnaissance de notre religion respective.

Abdelkader D.
Beaucoup de jeunes musulmans n’ont qu’une connaissance très superficielle de leur foi musulmane. Idem chez les chrétiens. A ceux qui viennent à l’Islam depuis le christianisme, je les renvoie d’abord au christianisme.

Jean-François B.
Dans la façon dont nous chrétiens, nous parlons de la Trinité, Dieu est relation, et il nous invite à la relation avec l’autre.
Je vois aussi que certains, très croyants, musulmans ou chrétiens, sont empotés, ne savent pas trop bien comment s’y prendre pour le 1er pas avec l’autre d’une autre religion, avec parfois des scrupules. Il faut juste une pichenette pour aider.

X (chrétien)
Je suis en contact humain via le sport avec des jeunes de différentes religions. J’ai questionné un jeune d’origine marocaine sur le Ramadan, qui m’a donné une réponse très proche de ce que portent les chrétiens. Profiter des passerelles.

Jean-François B.
Il me revient une réflexion à peine esquissée : les richesses dont l’autre est porteur. J’ai une immense tristesse à voir mon pays ne pas être capable de découvrir les richesses immenses pour notre nation, chez nos concitoyens musulmans. Certes beaucoup ne peuvent l’imaginer et travaillent à l’inverse.
A Tours où j’habite, des musulmans de mon âge sont découragés après des dizaines d’entretien où ils ne trouvent pas de travail. Nous avons des richesses à apporter. Cf. le bilinguisme français-arabe est un plus pour notre pays.

Raphaël B. (catholique)
Qu’est-ce que la rencontre de l’autre vous a apporté comme richesses, comme émerveillement ?

Abdelkader D.
L’échange entre le p. René Mazenod et l’imam de la mosquée de Clermont-Ferrand, avec moi comme spectateur, de leur échange souvent silencieux.
Ce chrétien, prêtre, qui connaissait ma langue, ma religion, qui me propose d’en débattre. « Je vous ai créés, peuples et tribus pour que vous vous connaissiez les uns les autres. »
J’ai compris grâce à René, qu’il n’y avait pas de faute à entrer dans une église, la cathédrale de Clermont, Chartres. Le dialogue interreligieux m’a appris que nous avons besoin des uns des autres pour achever notre construction.

Jean-François B.
J’ai rencontré essentiellement l’Islam au contact des maghrébins en France et de l’Egypte où j’ai vécu 10 ans. J’ai toujours été impressionné par la prière musulmane, bouleversante. Une prière qui a beaucoup de classe, qui dégage une telle puissance d’adoration, que des auteurs chrétiens et encore actuellement, se penchent sur cette manière d’adorer, qui les a ramenés à la source de leur prière d’adoration de chrétien (Charles Péguy, Henri de Castries, Louis Massignon, Hugues Coquard).
J’ai le sentiment que souvent, chez les musulmans que je rencontre, il y a un attachement à la sobriété, de faire un usage modéré des biens de ce monde. Cette sobriété, nous en avons vraiment besoin pour le monde d’aujourd’hui, où les générations futures sont en danger. Il y a un milliard et demi de musulmans dans le monde qui peuvent nous apprendre cette sobriété.

X. (musulman)
« Notre monde est une prison pour le croyant », car il se met des barrières. Le dialogue interreligieux proprement dit pose problème, car nous avons des vérités, des convictions dans notre religion qui nous mettent des barrières.
Il faut être intelligent, pour comprendre l’autre, et ne pas prendre en considération certaines paroles ou certains actes.

Abdelkader D.
Le dialogue interreligieux, ce n’est pas toujours être d’accord. C’est gentil de prendre un repas ensemble, mais quand il s’agit de dogme, de convictions ? Un ami, maître soufi, me racontait cette histoire tirée de Rumi :
Dans un village, tout le monde souhaitait voir un éléphant. Par bonheur, on annonce l’arrivée d’un cirque dans le village, mais de nuit. Les villageois impatients, vont de nuit voir incognito l’éléphant, pour en parler le premier. Le lendemain, tous se retrouvent pour parler de ce qu’ils ont vu de l’éléphant : l’un une trompe, l’autre une grande oreille, l’autre la queue. Et ça a dégénéré en dispute. Lorsqu’enfin tout le monde a vu l’éléphant, tous avaient raison.
Le Dieu auquel nous croyons est le même.

Jean-François B.
Evidemment, il y a des façons de parler de Jésus qui sont irréconciliables. C’est bien que l’on arrive à se le dire, en simplicité, en s’écoutant, que l’on essaye de vraiment s’écouter, d’entendre comment l’autre vit de sa foi, comment il la voit, il est un croyant parmi d’autres qui essaie d’expliquer de son mieux, mais fragilement, le dogme de sa foi. C’est difficile de parler de sa foi.
Il faut de l’humilité pour parler de Dieu, devant son mystère. Oui, il y a des mots, mais qu’est-ce que chacun de nous prétend comprendre de ces mots ?
Que signifie l’unicité d’Allah ? La Trinité ? Cf. « tout ce que j’ai écrit n’est que paille » (St Thomas d’Aquin)

Rachid (musulman)
Pour connaître l’autre, j’essaie de connaître sa religion. Jn 20,17 : Ne me retiens pas parce que je ne suis pas monté vers mon Père et votre Père. Comment comprenez-vous ce verset, ainsi que la prière de Jésus à son Père ?

Jean-François B.
Pour un chrétien, l’essentiel de sa vie spirituelle, c’est d’être conduit pas Jésus au Père, parce qu’il est venu lui-même du Père. Le rôle de Jésus est d’être médiateur, comme un pont, assumant ce que nous sommes et ce vers quoi il emmène. Ce n’est pas très simple, mais Jésus est celui qui accompagne l’homme et qui est capable de l’introduire dans la vie de Dieu. C’est un mystère bouleversant dont on ne peut pas parler de manière légère en citant quelques versets, comme dans une logique facile. Il faudrait une soirée pour en parler, avec des croyants qui soient capables de dire de ce que cela produit dans leur cœur.
Que Jésus prie Dieu, cette question m’a été souvent posée en Egypte… Ce que je vais chercher chez un ami musulman, ce n’est pas des arguments, mais découvrir ce qui est précieux pour lui, même si je ne comprends pas – tout de suite ou jamais – parce que je veux le respecter dans sa foi. C’est plus intéressant !
Il y a en France des imams et des prêtres qui se réunissent sur nos dogmes et articles de foi fondamentaux, avec de belles expériences où l’on parle de ces mystères difficiles pour les uns ou pour les autres. Ce sont des initiatives audacieuses, mais l’avenir appartient aux audacieux.

Béatrice Serrano (protestante)
Les chrétiens et les Musulmans ont le Livre en commun. Il serait bien difficile aux chrétiens de lire le Coran en Arabe de droite à gauche. Cependant, le livre peut-il être utilisé comme « objet intermédiaire d’expérience » afin d’accéder à une meilleure connaissance des uns et des autres ?

Jean-François B.
Il y a un petit souci de ce point de vue-là. Un certain nombre de gens qui ne sont pas musulmans ont lu le Coran, sans être au fait des méthodes d’interprétation du Coran élaborées depuis des siècles par l’Islam. Or c’est très important, car il y a un nombre incalculable d’antidotes contre les interprétations folles que font ceux qui vont en Irak ou en Syrie. Il importe aussi pour les musulmans de lire la Bible avec les méthodes d’interprétation qu’ont élaborées les Eglises, « maîtresses de lecture ».
N’ayons pas la prétention de comprendre le livre de l’autre à partir d’une connaissance rudimentaire.

Abdelkader D.
Notre problème vient plutôt des gens… qui lisent le livre, de droite à gauche, et même de mémoire ! Le problème n’est pas de savoir lire, mais de l’interpréter. A force de lire à la lettre, nous prenons le risque d’assécher nos âmes.

François Fonlupt (évêque)
Père, frère… Qu’est-ce que la fraternité ? L’expérience que ce qui nous relie est plus fort, plus profond que ce qui peut nous séparer. C’est un enjeu fondamental par rapport au vivre-ensemble aujourd’hui, qui consiste à s’atteler à ce qui nous relie. La foi peut nous relier comme nous séparer. C’est une vraie question que de s’interroger sur ce que l’on reçoit de la foi de l’autre.
Eprouver ce qu’autrui me dit de son expérience de Dieu, différente de la mienne, qui m’aide à comprendre que ce que je dis du mystère de Dieu n’est pas abouti, que j’ai à progresser, et que Dieu est plus grand, que je ne peux pas l’enfermer. C’est un chemin de paix pour la société.
Nous avons vécu des choses toutes simples cette après-midi, et je repars plus pacifié.

X (chrétien)
Il faut parler, profiter de toutes les occasions ; par exemple à la fin d’un match, avec comme conclusion que même les incroyants sont travaillés par la question de Dieu.

Notes prises par Raphaël Bui
(elles n’engagent pas les conférenciers)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>